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Emplois non pourvus en Ile-de-France : la CCIP a mené l’enquête

La Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris a mené une enquête dans laquelle elle met en évidence une distorsion entre l’offre et la demande d’emplois dans 6 secteurs d’activité et 2 métiers transversaux (1) en Ile-de-France dont le secteur du BTP; un grand nombre d'emplois demeurent non pourvus alors que le taux de chômage est élevé. Anne-Laure Koning, chef de projets à l’Observatoire de la Formation, de l’Emploi et des Métiers (OFEM) de la CCIP décrypte pour CyberBTP quelques éléments d'explication d'une pénurie chronique.

publié le 28/06/2006

CyberBTP : Comment se manifeste concrètement un tel phénomène de distorsion ?

Anne-Laure Koning : 100.000 emplois sont non pourvus en Ile-de-France, un paradoxe pour une région où le taux de chômage atteint 9%. Face à ce constat, la CCIP a mené une enquête auprès de 1.000 chefs d'entreprise, de 600 jeunes scolarisés entre 15 et 24 ans et de 300 demandeurs d'emploi, afin de comprendre et d'analyser les raisons de cette distorsion entre l'offre et la demande. 72% de l’ensemble des entreprises interrogées tout secteur confondu confirment les difficultés de recrutement de leur secteur. 24% d’entre-elles estiment qu’elles se sont accentuées. 40% des entreprises confrontées à ces difficultés pointent des répercussions sur leur CA (chiffre d'affaires) et leurs conditions de travail. Les TPE (52% d’entre elles) sont plus touchées que les grandes entreprises (25%). Et 54% des entreprises confrontées à ces difficultés abandonnent leur démarche de recrutement.

Dans ce contexte, 63% des entreprises interrogées spécialisées dans le BTP, toute profession confondue (plombiers, électriciens, maçons, menuisiers, peintres, etc.) estiment avoir rencontré depuis le début de l’année des difficultés de recrutement. Ainsi 79 % d’entre-elles peinent à recruter des ouvriers. Les perspectives d’avenir ne sont guère réjouissantes puisque cette tendance devrait encore s’accentuer dans les années à venir. En effet, peu de jeunes et de demandeurs d’emplois décident de se diriger vers ce secteur et il reste difficile de les convaincre.

Pour quelles raisons ?

Tout d’abord l’étude souligne une forte méconnaissance des métiers de la part des jeunes et des demandeurs d’emplois. Et quand ils nous en parlent ce ne sont que les aspects négatifs qui ressortent : "métier fatigant, dur, dangereux", "sous la pluie", "ne respecte pas le droit". Les jeunes ont une image brouillée de ce secteur. Les interviewés ne semblent pas avoir une bonne visibilité des métiers du BTP. Ils font par exemple la confusion entre cadres et ouvriers. Parallèlement, les entreprises interrogées estiment qu’il s’agit de métiers passionnants nécessitant "un savoir faire", dans lesquels le relationnel est important et les tâches variées. Elles affirment également que "la rémunération est attractive". Une image aussi décalée des uns et des autres vis-à-vis de ces métiers est nécessairement source de malentendus.

Par ailleurs, dans l’enquête, les jeunes (59%) et les demandeurs d’emploi (85%) ont une idée précise de leur avenir professionnel. Ils ont des représentations fortement ancrées et parfois déconnectées de la réalité du marché de l’emploi. Qui plus est, les métiers manuels sont dévalorisés. En conséquence, 72% des jeunes privilégient des études longues (supérieures à 3 ans), considérant que la longueur des études est un moyen pour la réalisation professionnelle. Quant aux demandeurs d’emploi, ils sont 42% à avoir déjà refusé un ou plusieurs postes car ils ne correspondaient pas à leurs souhaits et à leur formation. Les changements d’orientation sont en effet perçus comme des situations d’échec.

Du côté des employeurs, la difficulté à recruter est en premier lieu liée aux problèmes de motivation des candidats (74%), d’expérience (67%) ou de personnalité (62%). Les entreprises ont donc tendance à souligner l’inadéquation des candidats à leur poste, alors même que l’aspect rémunération est minoré. Quoiqu’il en soit, les entreprises ne qualifient pas suffisamment leur métier en fonction des attentes des jeunes et des demandeurs d’emploi qui, outre la rémunération, attachent de l’importance aux perspectives de carrière, aux congés payés ainsi qu’à la qualité de vie. On constate d'ailleurs que lorsqu’on explique aux jeunes et aux demandeurs d'emploi qu’ils peuvent devenir cadre dans le BTP, ils reviennent systématiquement à l’idée d’ouvrier, de secteur difficile avec une connotation péjorative et mal rémunéré. En tout état de cause, cette enquête a mis en évidence une "rupture générationnelle" dans la relation au travail salarié et de nombreuses rigidités aussi bien du côté des employeurs, que du côté des jeunes et des demandeurs d’emploi.

Que préconise du coup la CCIP pour remédier à cette distorsion ?

Pour tenter de rapprocher l’offre et la demande d’emploi, la CCIP formule sept propositions concrètes à partir des réponses des professionnels, des jeunes et des demandeurs d’emploi mais aussi grâce à ses contacts permanents avec les 320 000 entreprises de sa circonscription.
1. Favoriser les rencontres de terrain entre les jeunes ou les demandeurs d’emploi et les salariés de PME ou de TPE ( qui sont rarement représentées dans les Forums de l’emploi).Les professionnels pourraient ainsi communiquer leur passion et expliquer la réalité de leur métier : conditions de travail, rémunération, perspectives de carrière, etc.
2. Organiser des journées portes ouvertes thématiques sur un secteur d’activité. Organisées localement en partenariat avec les fédérations professionnelles, les Chambres de Métiers, les municipalités(…), elles feraient découvrir les sites d’entreprises de ce secteur, ses centres de formation
3. Sensibiliser les entreprises à la diversité culturelle afin d’élargir le vivier de candidatures notamment celles issues des populations qui habituellement ne postulent pas aux offres.
4. Informer les jeunes, via Internet, avec des pages sur “les métiers qui recrutent” et des “tchats métiers” sur le site de la CCIP.
5. Développer les contrats de professionnalisation de 150 à 450 heures pour permettre aux jeunes en difficulté de mieux connaître les différents secteurs qui recrutent avant de choisir leur contrat d’apprentissage ou de professionnalisation.
6. Accompagner les entreprises dans leurs projets de recrutement avec un dispositif spécifique pour les métiers “en tension” dans chaque délégation.
7Assurer un suivi des difficultés de recrutement avec une étude annuelle approfondie d’un métier en tension et des opérations de benchmarking permettant d’identifier de nouvelles pistes d’actions.

(1) six secteurs d’activité : BTP, hôtellerie-restauration, informatique, gardiennage-sécurité, propreté, transport ainsi que deux métiers transversaux : les métiers commerciaux et de la maintenance.

Pour en savoir plus :
Web : www.ccip.fr
www.ofem.ccip.fr

Lire également notre article 'Pénurie de main d'œuvre dans le BTP : la quadrature du cercle'

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